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SNUipp-FSU 65

15 février 2008

« Le moins pire » ferait-il éviter le pire ? Pour quelles ambitions ?

La refonte du calendrier scolaire aura des répercussions déterminantes sur :

les horaires de travail des collègues,

les possibilités de travail collectif,

les modes de médiations dans les écoles,

les horaires réels de classe pour les élèves

les transports des élèves,

le temps réellement passé dans l’école par un enfant dont les parents travaillent à deux,

l’organisation générale du service,

les relations avec les parents,

les relations entre enseignants,

le fonctionnement des études dirigées et leur rétribution aux collègues,

le coût pour les villes en terme de temps d’ouverture des locaux

les méthodes pédagogiques

les modalités d’aides aux élèves

les missions des RASED

la spécificité de l’école maternelle

…..

Mais OUF ! Nous serions passés à côté du pire grâce à la lutte héroïque et acharnée d’une organisation syndicale : le SE-UNSA. Les problèmes restants ne le seraient que du fait de la trahison des autres (mais essentiellement le SNUipp) qui « fuient leurs responsabilités et campent sur des postures » et tiendraient « un double discours ».

Allons, allons même à quelques mois des élections paritaires, restons calmes et crédibles ! Souhaitons que l’on ne reparte pas sur le même terrain nauséeux qu’il y a 3 ans. Pour cela il faut mener sérieusement le débat.

I- Arrêtons-nous un instant, prenons le temps de penser :

1- Ce dispositif est au départ une invention de campagne électorale d’un futur président de la République. Devenu Président celui-ci n’a eu de cesse de remodeler l’école Républicaine en remettant en cause ses résultats, comme ses personnels. Lui retirant des moyens au nom de la « faillite » de l’État, il a en parallèle porté de nombreuses attaques contre la laïcité, instrumentalisant les difficultés des 15% d’élèves qui restent en difficulté en 6ème et occultant les progrès réalisés depuis 2 décennies.

2- Présentant chaque mesure en dehors de toute logique d’ensemble apparente, le gouvernement tente de masquer l’ampleur des remises en cause de fond. En taxant ses détracteurs de ne faire que des discours idéologiques, il tente de masquer les siens (car en fait ils sont bien là), derrière un déversement de mesures sans lien apparent . Son action repose ainsi sur 3 a priori idéologiques forts, inavoués :

a- « Tous les élèves ne sont pas doués » donc il est logique de revenir à une école du tri. Le fait que les moins doués sont curieusement dans les couches les plus défavorisées conduit donc à un véritable tri social. Tous ne pouvant donc apprendre tout, il est conséquent de s’en tenir à un minimum vital pour les uns (socle commun) pendant que les autres pourront s’assurer des compléments de formation extérieurement à l’école (les 2h libérées …)

b- « Il n’y a pas de construction des connaissances ». L’école est là pour faire apprendre les notions et non pour les faire élaborer et/ou découvrir par les élèves. Cette idée est une « hérésie produite par les enragés du mai 68 ». Il faut revenir à une école de la docilité, l’élève, seul, face au maître qui dispense son savoir.

c- « Seuls valent les actes, qu’il faut juger et, si nécessaire, sanctionner : l’individu est seul et responsable » : C’est un recul sur une lecture sociale et éducative de la construction de la personnalité. L’individu est confondu avec ses actes : il n’y a pas de bonne thérapeutique, seule la répression est efficace. L’éducabilité redevient incertaine pour les moins dociles ou … les plus malheureux !

3- L’ensemble des mesures constitue un tout cohérent :

expérimentation puis généralisation prévue des EPEP (Etablissements Publiques d’Enseignement Primaire) organisant la contraction des moyens distribués (« économies d’échelle » qu’ils appellent ça), tendant à préparer une réelle municipalisation et recherchant la docilité des personnels en les chapotant d’un réel chef d’établissement Pour y préparer, les gouvernements depuis des années laissent pourrir le dossier Direction d’École et instrumentalisent la colère légitime des collègues qui ne « demandaient que du temps »…

Rapports Pochard-Rocard pour préparer le terrain d’une déconstruction des droits des fonctionnaires et une mise en concurrence entre eux au nom de leurs « compétences pédagogiques ». En fait la réduction des moyens disponibles de l’État pour ses services publics est au cœur des choix budgétaires opérés (Paquets fiscal 15 MDS, aides renforcées aux entreprises qui préfèrent toujours davantage les placements financiers à l’investissement productif…). Ce choix conduit à refuser les augmentations de salaires pour tous et à rechercher des justifications pour ne donner que le minimum au plus grand nombre (0,5% en 2008 après 0,8% en 2007 après ….) : c’est le salaire au mérite. Déjà seulement 30% des collègues avancent au grand choix lors des promotions, mais cela doit être encore trop !

Développement pour généralisation du recours aux heures supplémentaires défiscalisées : ainsi les caisses de la sécurité sociale sur lesquelles les ministres versent régulièrement des « larmes ce crocodiles » ne recevront rien. Pas davantage que celles des retraites (donc totalement perdu pour les retraites des collègues concernés) ni que celles du budget de l’État en terme d’imposition contributive … Cela accompagne la logique de développement annoncé d’un nouveau contrat d’embauche dans les services publics. Annoncé durant la campagne présidentielle, il n’attend que des heures électoralement plus calmes pour voir sa mise en œuvre. Les futurs fonctionnaires réussissant un concours de la FP se verraient travailler avec des collègues recrutés sur CDD avec des qualifications à la carte. Donc rétribution, droits du travail différents, sans perspectives de carrières, dans la précarité la plus totale.. Cette mesure appartient au rapport Attali également…

Mise en place de la « Nouvelle Gestion des Moyens » dans le cadre de la fameuse « LOLF » (Loi Organique aux Lois de Finance). Ainsi après avoir fusionné les budgets personnels et fonctionnements et taillé dans leur volume global, le comptable passe à une gestion au cas par cas. Chaque secteur est évalué, rentabilisé autant que possible loin des besoins exprimés, encore plus loin des contraintes spécifiques. Chaque secteur doit économiser en terme « d’équivalent temps plein ». Peu importe les conséquences : personnels rectoraux et académiques sursaturés de travail doivent abandonner des tâches, disparition de centaines de postes des concours puis des établissements, non remplacement des personnels partant en retraite, non remplacement des personnels d’accompagnement (AE, Surveillants …), insuffisances des moyens pour remplir les nouvelles missions pourtant rondement annoncées (accueil du Handicap, généralisation des langues vivantes, EPS, Informatique …). Renoncement à certains enseignements dans les faits…

A cette fin, le gouvernement d’ailleurs s’attelle à :

réduire l’offre scolaire : c’est le sens du retrait de 2h de classe pour l’essentiel des élèves. Voir le Protocole dont le pire aurait été évité … !

à redistribuer ses personnels : c’est le sens des transferts de personnels dans le cadre du Protocole pour assurer « l’aide » hors temps scolaire et des retraits de postes massifs en secondaire pendant qu’il en redonne quelques-uns en Primaire, confronté qu’il est à la hausse progressive mais sûre de la natalité. C’est aussi le sens des économies de carte scolaire « réalisables » et si bien réalisées qu’elles deviennent in-assumables publiquement : c’est pourquoi la carte scolaire 2008 par exemple a été pour la 1ère fois repoussée au lendemain des élections municipales. Sans doute que le grand écart à ses limites….

Rapport Attali qui bien que mis au placard le temps des élections locales, sera mis en œuvre car il correspond bien à la logique libérale dans laquelle sont enfermées les politiques suivies en France depuis 1974 (Giscard). Ce rapport prône la mise en concurrence totale et ouverte des services comme des personnes en France en pleine cohérence avec la commission européenne et les éléments du Traité voté à 70% par les élus Français alors que le référendum l’avait repoussé avec 56% ! L’Ecole y est invitée à entrer dans la concurrence.

Généralisation de l’instrumentalisation de ces évaluations au profit de la seule réussite aux apprentissages aux dépends des savoirs être, culturels et/ou sociaux. D’ailleurs la publication annoncée des résultats des écoles à ces mêmes évaluations sur ce seul terrain permettra d’accélérer leur mise en concurrence entre elles, avec le privé … Finie l’Education voici revenir la seule « instruction ».

Refonte annoncée des programmes en pleine cohérence avec le socle commun mis en place dès l’an dernier. En fait il s’agit de réduire aux acquêts la formation délivrée à l’Ecole Publique pendant que le prochain Plan Banlieue prévoit la création d’écoles Privées sous contrat dans tous les quartiers difficiles. Disparition des évaluations diagnostiques nationales au profit des seules évaluations bilan (CE1 et CM2) et en les centrant sur le seul… socle commun en toute cohérence avec les livrets d’évaluations encore en cours « d’expérimentation » (lire de maquillage sous couvert de consultation d’une nouvelle dégradation)

Remise en cause de la formation continue des enseignants qui est confiée aux universités (transfert des IUFM) et instrumentalisée pour servir soit de lieu de stages à la formation initiale ou aux remplacements des collègues en travail à temps partiel (80%, remplacés par des PE2 en stage filés). Le reste devra maintenant se faire au plan très local : c’est le sens de la « victoire syndicale » du SE-UNSA qui fait passer de 12 à 18h le nombre d’heures pouvant être consacrées à la formation continue sur les samedis libérés. En fait un transfert progressif, mais sûr, de la formation sur temps de travail à la formation hors temps de travail, avec réduction du niveau de celle-ci (Plus de PIUMF, plus de spécialistes, uniquement du terrain…). Qui plus est instrumentalisation de cette formation, davantage apparentée à des concertations pédagogiques, avec une offre de choix circonscrite à celle estimée « utile » par l’Institution… et surtout, comme y invite le rapport Pochard-Rocard (après Thélot et autres), pour chaque collègue en rapport avec son dernier rapport d’inspection et/ou de la réussite et des échecs de ses élèves.

Remise en cause des moyens de l’aide thérapeutique hors et au sein de l’école. C’est petit à petit la médecine scolaire qui s’étiole comme peau de chagrin après la déliquescence de la médecine du travail ne permettant plus de garantir le suivi médical des élèves. Cela après celui des personnels. Mais maintenant ce sont les RASED qui sont explicitement menacés : leur temps d’intervention disparaît du temps scolaire (protocole semaine de 4 jours) mais n’apparaît plus que sur le hors temps commun. Et encore sur une mission réduite aux apprentissages. Préfiguration du « rafraîchissement » annoncé de leurs missions. Dans le même temps la sécurité sociale réduit ses budgets et donc menace directement les CMP, CMPP pendant qu’en parallèle on réduit les places pour former les pédopsychiatres, les psychologues … dont le salaire est laminé dans les services publics. Quid de la souffrance ?

La docilité évoquée plus haut redevient une valeur forte de la République : le comportement individuel est d’abord jugé, condamné avant d’être analysé, traité (cf ci-dessus) : loi de prévention de la délinquance, chasse aux « sans papiers », « judiciarisation » des acteurs des luttes sociales, création des peines planchers, maintien en détention de prévenus ayant fini leur peine …et base élèves pour suivre très tôt qui est qui. Plus proche de nous, les IEN seront appelés dans le protocole à renforcer leur contrôle individuel des collègues, les directions d’EPEP seront créées avec (malgré tous les dénis de mise) à exercer un pouvoir de contrôle sur les collègues. Puis n’en doutons pas à terme de notation au moins administrative. Des travailleurs et des citoyens dociles ? Pour cela des élèves soumis ! Cela s’apprend dès l’école !. Le retour de la sanction n’est pas loin (Pourquoi ne pas s’interroger d’ailleurs sur l’instrumentalisation médiatique de la fameuse gifle ? Une belle unanimité ne s’est-elle pas créée, pour banaliser la violence des rapports à l’école, non ?). Ce que les luttes sociales avaient imposées, le libéralisme allié au populisme le plus gras travaille à le déconstruire … !

II- Quelles solutions s’offrent à nous ?

Dès son annonce, le SNUipp et le SGEN ont demandé unitairement à discuter avec le ministère de ce nouveau dispositif. Ce qui n’était pas alors le cas d’autres organisations (SNUDI-FO, SUD Éducation, SE-UNSA). Suite à l’accord du ministère, et pour cela il a fallu accepter d’en passer par un document préparatoire draconien qui tentait de rendre caduque toute forme d’expression des revendications, les discussions ont démarré. Le SE-UNSA s’y adjoignait lors de leur démarrage sur la base de ce document.

Mais discuter n’est pas avaliser, ou entretenir une discussion de « marchand de tapis ».

Le SNUipp a dans le cadre de ces rencontres d’abord avancé ses revendications pour l’école. Notamment celle de « plus de maîtres que de classes » et de la relance des RASED. Toutes solutions qui déboucheraient sur des moyens à la hauteur des attentes exprimées par les spécialistes de l’enseignement que sont les collègues sur la base du vécu quotidien.

Le ministère s’y refusant absolument pour les raisons que l’on peut imaginer suite aux choix budgétaires opérés (cf. ci-dessus), 2 hypothèses s’ouvraient au SNUipp :

* Partir en abandonnant les discussions et laisser le ministère faire ce que bon lui semble

* Rester et peser jusqu’au bout pour maintenir un cadre commun pour tous, une égalité de traitement des personnels et contenir au maximum les effets négatifs.

C’est cette seconde hypothèse qui a été retenue par les camarades de la direction nationale.

Pour autant, cela ne signifiait ni allégeance, ni repli sur soi, ni acceptation des conclusions des discussions. C’est pourquoi, contrairement aux allégations du SE-UNSA, il a concouru avec celui-ci, mais aussi avec le SGEN à faire entendre au ministère la voix des collègues. C’est pourquoi il a consulté les collègues à l’issue de la « négociation » : 20 000 réponses qui ont incité le SE-UNSA à faire de même (5800 réponses).

C’est à l’aide des réponses à leurs questions que chacune des 2 organisations a bataillé pour obtenir des aménagements.

Car soyons lucide, ce qui a été obtenu ne constitue que des aménagements d’une mesure inscrite, comme nous l’avons vu, dans une logique qui, pour non affichée qu’elle soit, n’en est pas moins beaucoup plus globale.

Certes ces aménagements peuvent paraître « bons à prendre » pour les collègues (plus de temps de concertation, moins de temps de suivi individuel contesté …), mais sur le fond, ils ne sont qu’un leurre ne changeant rien au cœur des évolutions.

Ces évolutions participent à la déconstruction de l’école pour tous.

Elles rendront notre travail plus difficile, nos relations aux partenaires (parents, mairies, associations …) beaucoup plus complexes, voire conflictuelles, notre formation professionnelle moins performante et plus aléatoire, notre charge de travail plus grande…. Tout cela pour une école qui recule sur ses ambitions pour tous.

III- Aujourd’hui, le choix appartient aux collègues. Il vous appartient !

Chacun doit être bien certain que loin de la simple disparition des samedis matins travaillés en présence des élèves, ce protocole organise une autre école : plus concurrentielle, plus inégalitaire, moins formatrice. En outre ce protocole installe, tout en inscrivant la perspective de samedis ou de mercredis matin travaillés avec ou hors les élèves, une autre organisation du travail des collègues : moins de temps communs, plus d’individualisation : donc en fait moins de possibilités de rencontre et de coopération.

Comme il faudra jongler encore davantage avec les horaires de chacun pour se rencontrer : en cas de difficultés, il y a fort à parier que la solution nous sera murmurée d’évidence : « mais enfin, il vous faut un Chef d’Etablissement qui puisse poser les cadres ! ». Et hop, plus haut les EPEP !

Le choix est donc bipolaire :

se soumettre et accepter ce qui pour nous s’assimile à une dégradation accélérée, sur la base des aménagements ponctuels de moindre mal : « le moins pire » !

ou refuser. Mais alors il nous faut imaginer porter ensemble d’autres solutions que celles que voudrait imposer la logique libérale ? Cela signifie, transformer notre fatigue, notre colère, notre lassitude en refus. De renouer avec tous ceux qui ont intérêt à une autre école pour promouvoir un autre projet scolaire. Le SNUipp pour sa part y est prêt, ce qui n’est pas actuellement le cas du SE-UNSA et du SGEN qui affichent leur satisfaction de ce qui a « bougé » dans le protocole (au passage en se l’appropriant seuls … qui peut croire cela !).

C’est aussi le sens de la consultation initiée ; chacun en a bien conscience…

 

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