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4 juillet 2014

Education : un rapport interne dresse un sombre autoportrait

04 juillet 2014 | Par Lucie Delaporte - Mediapart.fr (cf pdf joint pour lire l’intégralité de l’article).

Mediapart publie l’intégralité du dossier confidentiel remis au nouveau ministre de l’éducation nationale. C’est un bilan sans fard des réformes engagées : le collège est en pleine crise, la création de 60 000 postes n’est pas acquise, les équations budgétaires sont intenables. Ce document préfigure ce qui devrait se passer sur le front de l’éducation ces trois prochaines années.

Les grands points du rapport soulignés par l’article de Lucie Delaporte.


- Créations de postes : le compte n’y est pas

La création de 60 000 postes dans l’éducation, après un quinquennat Sarkozy qui en aura vu disparaître près de 80 000, constituait une des principales mesures de la campagne de François Hollande. À lire le détail du rapport laissé à Benoît Hamon, on découvre non seulement que la promesse sera difficile à tenir, mais aussi que, compte tenu des départs en retraite et de la hausse des effectifs, les taux d’encadrement ne vont guère s’améliorer dans les années à venir.

- Rythmes scolaires : tout ne va pas si mal

Le dossier qui a sans doute coûté son poste à Vincent Peillon, et continue de cristalliser l’attention médiatique, ne prend ici que quatre pages à la tonalité globalement optimiste. Manière pour l’administration de défendre son bilan en soulignant que le dossier laissé à Benoît Hamon est moins miné qu’on ne le dit.

- École maternelle et élémentaire : chantier en cours

Les missions de la maternelle sont en cours de redéfinition avec la volonté de ne pas « primariser » ce niveau, c’est-à-dire n’en faire qu’une simple préparation à l’école primaire. Des propositions du conseil supérieur des programmes sont attendues.

Le dispositif « plus de maîtres que de classes », auquel 1 310 emplois ont été consacrés à la rentrée dernière, doit éviter certaines dérives et doit servir, souligne le rapport, non pas à « diminuer le nombre d’élèves par classe », mais à « encourager la réflexion des maîtres sur les pratiques pédagogiques ».

- Une réforme du collège indispensable

Avant de quitter son poste, Vincent Peillon avait annoncé qu’une réforme du collège était en préparation, réforme sur laquelle Benoît Hamon ne s’est pour l’instant guère exprimé. La lecture du document offre les contours des changements envisagés.

- Réforme du lycée : un premier bilan contrasté

De retour aux affaires, la gauche avait indiqué qu’elle attendrait de faire le bilan de la réforme du lycée menée en 2010 – spécialisation progressive, alignement du cursus de la voie professionnelle sur la voie générale, en trois ans – avant de toucher à ce niveau. Le rapport précise que « le recul est trop faible pour apprécier les résultats sur la réussite des élèves de voies générales et technologiques et sur les poursuites d’études des nouveaux bacheliers ».

- Éducation prioritaire : une réforme embryonnaire à suivre de très près

Quant à un des chantiers les plus importants de la refondation de l’école, la réforme de l’éducation prioritaire, le rapport rappelle que celle-ci entrera en application l’an prochain dans 102 établissements « REP+ », qui « préfigureront la nouvelle politique de l’éducation prioritaire ». Dans ces établissements pilotes, les temps de service des enseignants seront aménagés pour permettre plus de concertation, des mesures financières doivent inciter à une fidélisation des équipes, etc. (lire notre article).

L’administration appelle Benoît Hamon à la vigilance sur une série de points – « le développement effectif de la formation et du travail collectif que le temps dégagé pour les enseignants doit permettre dans les REP+ ». En clair, que ce ne soit pas juste du temps libéré pour les enseignants en échange de rien, « les moyens nécessaires au déploiement des REP+ à la rentrée 2015 », n’étant manifestement pas acquis.

- Carte scolaire (au sens du 2nd degré) et mixité sociale : plus de rigueur

Sur le volet de la mixité sociale et scolaire, fixée comme un objectif de la loi de 2013, la Dgesco rappelle qu’un certain nombre d’outils ont été mis en place et qu’un projet de décret est en cours : « Lorsque cela favorise la mixité sociale, un même secteur de recrutement peut être partagé par plusieurs collèges publics situés à l’intérieur d’un même périmètre de transport urbain. »

- Orientation : tout reste à faire

La réforme de l’orientation était là encore un des principaux piliers de la refondation de l’école. Le « Parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel », avec pour objectif de faire de l’orientation « un choix réfléchi et positif », n’existe encore que sur le papier et devrait être développé à la rentrée 2015.

- Lutte contre le décrochage : peut mieux faire

Une évaluation de cette politique a été menée, en novembre 2013, dans le cadre de la modernisation de l’action publique (MAP), d’où il ressort que « le pilotage de la politique et la gouvernance inter-institutionnelle sont embryonnaires et inégaux », alors que « les moyens consacrés à la politique sont relativement modestes, quoique difficiles à évaluer ».

- Pour une nouvelle politique de l’évaluation

C’est l’un des rares chantiers lancés publiquement par Benoît Hamon depuis son arrivée. Le ministre a en effet annoncé qu’une grande consultation allait se tenir jusqu’au mois de décembre pour tenter de trouver des pistes pour que l’évaluation soit plus encline à favoriser les progrès des élèves qu’à les sanctionner. Le dossier que lui a remis l’administration consacre pas moins de six pages à cette question sur laquelle sa feuille de route est particulièrement détaillée.

- Apprentissage : gare aux mirages

Le gouvernement s’est fixé l’objectif ambitieux d’augmenter de 50 % le nombre d’apprentis d’ici 2017. Une politique défendue au nom de la lutte contre le chômage des jeunes. Or, révèle le rapport, « plusieurs éléments de contexte concourent à rendre plus difficile la réalisation des périodes de formation en milieu professionnel » parmi lesquels la crise économique et le fait que les entreprises ne sont en réalité pas très enclines à employer cette très jeune main-d’œuvre. « Augmenter fortement les effectifs d’apprentis aux lycées ne peut se réaliser qu’à la condition de fortement mobiliser les conseils régionaux ainsi que les branches professionnelles », prévient donc l’administration.

- Internats de la réussite pour tous

Violemment critiqués par la gauche, les internats d’excellence, extrêmement coûteux pour un très petit nombre d’élèves bénéficiaires, changent de nom pour devenir « les internats de la réussite pour tous ». Le bilan n’est pourtant pas fameux : « L’action “internat d’excellence” prévoyait la création et la rénovation de 20 000 places pour un coût de 400 millions d’euros. » Or, « en mars 2014, (seules) 4 100 places ont été réalisées ».

- Égalité filles/garçons : soigner la communication

Sur ce sujet sensible où le gouvernement vient d’opérer un spectaculaire recul en enterrant les ABCD de l’égalité, le rapport notait que le dispositif « a fait l’objet d’une importante contestation, dont la manifestation la plus inquiétante a été la structuration de la “journée de retrait de l’école”. Malgré le succès très inégal de ces JRE, ce que ce mouvement a révélé de la méfiance nourrie parfois à l’encontre de l’école invite à la plus grande prudence, notamment dans la manière dont les annonces relatives à la poursuite de l’expérimentation de l’ABCD de l’égalité seront faites. Ce point a fait l’objet d’échanges avec l’inspection générale, dont les recommandations en la matière devront être suivies avec le plus grand soin ». Cependant, croyait bon de préciser le rapport, « un recul n’est pas envisageable ».

- La scolarisation des élèves handicapés : de fortes inégalités

Alors que le ministère a beaucoup communiqué sur sa politique de résorption de la précarité pour les personnels accompagnant les élèves handicapés, on apprend que leur formation a été sérieusement passée au rabot : « Le comité interministériel du handicap (CIH) dans une de ses mesures prévoyait la mise en place de 220 heures de formation pour les personnels recrutés en contrats aidés. Les arbitrages budgétaires n’ont pas permis de financer la mesure en l’état. Le temps de formation est finalement fixé à 120 heures. »

Par ailleurs, « la coordination de l’offre entre l’éducation nationale et le secteur médico-social apparaît insuffisante, aboutissant à des inégalités territoriales fortes ».

- Relation école-entreprise : beaucoup de bruit pour rien

« Le partenariat avec le monde économique participe aux missions du système éducatif : préparer les élèves à leur insertion sociale et professionnelle, lutter contre le chômage et faciliter la formation tout au long de la vie », annonce d’emblée le rapport, avant de détailler la myriade d’actions mises en place pour rapprocher l’école de l’entreprise.

- Laïcité : s’en tenir à la loi de 2004

Le rapport souligne que la Charte de la laïcité, diffusée à la rentrée dans toutes les écoles, a été utilisée « à des degrés divers (…) pour résoudre le cas échéant des situations conflictuelles ». Selon les premiers retours d’une enquête interne sur la question de la laïcité, l’administration note une « absence presque générale de contestation de la loi de 2004 (interdisant le port ostentatoire des signes religieux – ndlr) », et ce malgré « quelques formes nouvelles de contestation du principe de laïcité ».

- Aides financières aux élèves et fonds sociaux : la variable d’ajustement

Les bourses nationales de collège et de lycée représentent un budget de 525 millions d’euros : aide pour la cantine, pour la scolarité. Elles bénéficient à 27,9 % des élèves en collège. Au lycée, la dépense moyenne par lycéen boursier est de 821 euros. S’agissant des fonds sociaux, « sur les derniers exercices, c’est le poste de dépense qui a servi de variable d’ajustement ».

 

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