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12 janvier 2013

Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique !

lu ou entendu à propos du rapport d’Olivier Blanchard économiste du FMI.


- sur l’Humanité le 7 janvier 2013 - http://www.humanite.fr/social-eco/le-fmi-le-confirme-l-austerite-etait-une-erreur-de-512240 C’est un rapport étonnant, un mea culpa chiffré et analysé, que deux éminents économistes du FMI ont publié. Il dit clairement que l’austérité est une erreur. La faute à la mauvaise conception d’un modèle informatique de prédiction économique.

Ils justifient globalement d’avoir plongé 26 pays dans une mortelle crise austéritaire par une erreur de modèle mathématique. Ces économistes sont restés persuadés que leur domaine est une science dure, donc qu’on peut prédire et démontrer avec des équations. Et ils se sont éminemment trompés. Ils reconnaissent ainsi dès l’introduction que leur modèle n’a pas pu prévoir ni le niveau des taux d’intérêts ni l’effet de l’austérité sur la consommation intérieure (… lire la suite de l’article en ligne).

- sur France Culture le 09.01.2013 - 07:36 - http://www.franceculture.fr/emission-le-billet-politique-d-hubert-huertas-extraordinaire-l-austerite-est-une-erreur-mathematique

C’est une information extraordinaire, dont les conséquences sont immenses, mais qui fait beaucoup moins parler que les dérives pathétiques d’un acteur célèbre. Un rapport de quarante quatre pages signé par un économiste en chef du FMI, un français, Olivier Blanchard. Il dit tout simplement que les plus hautes instances économiques mondiales et européennes se sont plantées en imposant, au nom de la science, l’austérité à toute l’Europe.

Ce que dit Olivier Blanchard, c’est que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant au désendettement radical, et au retour sacré à l’équilibre budgétaire, comportaient une erreur au niveau, je cite, du multiplicateur fiscal. Pour simplifier beaucoup, ce modèle mathématique, donc incontestable, prévoyait que lorsqu’on retire un euro dans un budget il manquerait un euro dans le pays concerné. Or c’est faux. Pour des raisons qui tiennent à une réalité parfaitement triviale, et qui est que les hommes sont humains, cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont abouti à ce que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.

Multipliez par des milliards, et vous comprendrez pourquoi l’austérité imposée à coup de sabre par des troïkas savantes n’a conduit qu’à plus d’austérité, plus de chômage, et plus de récession.

L’équation était fausse, ce qui est remarquable en soi, surtout quand on songe au Mississippi, que dis-je, à l’Amazone de leçons d’austérité péremptoire, délivrées chaque minute, sur toutes les antennes, et dans tous les journaux, par des commentateurs sûrs d’eux et dominateurs.

Mais le plus incroyable est ailleurs.

C’est qu’il ait fallu s’apercevoir que quelque chose clochait dans une équation pour découvrir que quelque chose n’allait pas dans la vraie vie. Un peu comme si on assistait à des accidents de la route en chaîne et qu’on ne donnait pas l’alerte tant qu’un modèle mathématique ne disait pas que c’était des accidents.

On ne peut pas aller plus loin dans le triomphe de la technocratie. Il a fallu qu’un expert constate un problème avec un coefficient multiplicateur pour que ce qui saute aux yeux soit perçu par nos cerveaux. L’Europe est à la traîne, son chômage bat des records, sa croissance est en berne, la pauvreté s’installe, bref la voiture est dans le fossé, mais peu importe, on ne change pas de politique puisque c’est la seule et qu’en vouloir une autre serait une demande ignare.

Les ignares vous saluent bien, mais les dévots de l’austérité n’ont pas rendu les armes. L’histoire de l’équation commence à cheminer, on en a parlé dans le journal de France 2 hier soir, l’Humanité l’a évoquée, le Washington Post aussi, mais elle ne fait pas encore la une. C’est qu’on ne renonce pas d’un jour à l’autre à une idéologie. Même vermoulus les murs de Berlin ne s’affaissent pas d’un jour à l’autre.

- sur AGORAVOX le 9 janvier 2013 - http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-fmi-s-est-trompe-pourtant-128662

Le FMI s’est trompé. Pourtant Keynes en 1936 l’avait prévu. L’Huma dans un bien petit article nous rapporte ces propos de l’économiste américain : "Ce que nous voulons simplement rappeler, c’est que les décisions humaines engageant l’avenir sur le plan personnel, politique ou économique ne peuvent être inspirées par une stricte prévision mathématique, puisque la base d’une telle prévision n’existe pas" http://www.humanite.fr/social-eco/le-fmi-le-confirme-l-austerite-etait-une-erreur-de-512240

Alors reprenons le rapport d’Olivier Blanchard qui devrait à lui seul constituer une véritable révolution économique et financière. Pourtant il n’en sera rien. Les grands médias préféreront célébrer les bien autrement attractives déclarations d’acteurs multimilliardaires qui nous font pleurer sur leur misère ou celles d’éléphanteaux risquant l’euthanasie. L’Humanité et le Washington Post en ont parlé mais pas en première page ! France 2 hier soir l’a évoqué. Pourtant ce rapport d’Olivier Blanchard est celui d’un économiste en chef du FMI. En quarante pages il nous apprend que l’austérité qui a été « scientifiquement » imposée à toute l’Europe par les plus hautes autorités économiques du monde et de l’Europe (c’est quoi la différence au fait ?) était une énorme erreur, une erreur éléphantesque. Que dit ce rapport ?

- D’abord que le radical et sacro-saint désendettement et le retour indispensable à l’équilibre budgétaire sur lesquels reposent nos politiques viennent d’une erreur mathématique. Rien moins que cela !

- Il nous apprend aussi que le modèle mathématique utilisé (mathématique donc incontestable) comportait une erreur au niveau du « multiplicateur fiscal » (sic).

- Pour illustrer ce que dit le rapport, les prévisions avançaient que lorsqu’on soustrait dans un budget une somme, on retirait cette somme aux pays en question. Mais l’économie n’étant pas une science exacte, comme l’avait dit Keynes, c’est trois fois cette somme qui disparaît. Et cela tient simplement au fait que l’économie c’est de la politique et pas de la science et que donc cette austérité a entraîné des réactions humaines et sociales. Pas la peine de chercher bien loin pour en comprendre les conséquences. Davantage d’austérité a créé l’augmentation du chômage et de la récession.

- Mais cette somme il faut la multiplier par un nombre incalculable, qui est celui des incessantes décisions de cures d’austérité qui nous ont été imposées par les grands savants de l’ordre économique mondial. Ils sont économistes ceux du FMI qui nous sortent des équations truffées d’erreurs et dépourvues de sens humain. Ils nous le disent l’économie est bien trop compliquée pour la plèbe. Qu’importe cette petite erreur, le modèle socio-économique qu’ils nous imposent est juste, puisqu’ils le disent !

Là où le bât blesse, c’est que nous venons de recevoir (et ce n’est pas terminé pour autant) de ces éminentes autorités soigneusement relayées par leurs médias de complaisance, d’incessantes leçons destinées à nous montrer le bien-fondé de cette politique. Nous sommes habitués, c’est ainsi que l’on fait avaler les couleuvres. Mais le plus fort dans tout cela, c’est que personne ne s’est demandé pourquoi le monde allait si mal, avant d’admettre qu’une équation économique était tordue. Imaginons que l’épidémie de sida n’ait pas amené le corps médical à se poser des questions et à rechercher quelle était la cause de cette catastrophe.

Que montre ceci ? C’est que nos sociétés ne sont plus des démocraties, mais qu’elles sont dirigées par des technocrates qui viennent une fois de plus de démontrer leur incompétence aveugle. Mais ne nous inquiétons pas, rien ne changera. Dans une Europe vidée, où la pauvreté, le chômage atteignent des sommets, où l’euro est sauvé chaque semaine et à la dérive chaque semaine qui la suit, les thuriféraires de l’austérité continueront à nous vanter ses bienfaits. On ne change pas une équipe qui gagne puisque les décideurs, par définition, ne peuvent pas se tromper. Oser la contester serait faire preuve de la plus totale ignorance.

Je ne peux m’empêcher de paraphraser Pierre Bourdieu par cette antiphrase : « Ils ont raison même quand ils ont tort et ils disent la vérité même quand ils se trompent ».

- en pdf joint le rapport du FMI en anglais

 

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