www.snuipp.fr

SNUipp-FSU 65

Documents joints


  • Paul Devin sur la réforme de l’évaluation des enseignants
    PDF - 131.8 ko
    Télécharger
22 janvier 2012

un article de fond sur l’évaluation des enseignants

par Paul DEVIN

Inspecteur de l’Éducation Nationale, Secrétaire Général Adjoint du SNPI-FSU.

La réforme de l’évaluation des enseignants menace les valeurs républicaines de l’école primaire publique

.

En justifiant la réforme de l’évaluation des enseignants par un discours de nécessaire modernisation, le ministère de l’Éducation nationale cherche à minimiser les transformations fondamentales qu’elle engage. Une approche superficielle de la question pourrait se réjouir de la modification d’une procédure évaluative qui, en tout état de cause, mérite d’être réformée. On pourrait mettre en avant l’épreuve qu’elle constitue pour la majorité des enseignants comme les incohérences qu’elle peut présenter notamment quand l’inspecteur agit hors d’un cadre méthodologique explicite et sans principes déontologiques rigoureux. On peut être séduit par l’idée que l’autoévaluation serait a priori plus responsabilisante et que la suppression de la note permettrait d’échapper aux confusions que l’inspection évaluatrice entretient, au travers elle, avec le contrôle hiérarchique. D’ailleurs, la réforme n’hésite pas à trouver son argumentation dans un prétendu souhait des enseignants évoqué par une étude de juin 2011 [1] qui témoigne de l’usage politique que le ministère fait désormais des enquêtes quand on y lit que les professeurs seraient majoritairement favorables à la prise en compte de l’évaluation dans la progression de leur salaire ou qu’ils aspirent à des lettres de mission individuelles. Sous les apparences d’une réforme à incidence interne, ce sont les bases mêmes de l’école qui sont appelées à être transformées. L’effet le plus immédiat de la réforme est la diminution de la part de la pédagogie dans l’évaluation. Le ministère a beau s’en défendre, l’abandon de l’inspection en classe produira une mise au second plan des compétences didactiques et pédagogiques. Confier la notation des enseignants du second degré à un personnel de direction, plutôt qu’à un inspecteur, aura évidemment le même effet. La circulaire de 2009 [2], qui définit les missions des inspecteurs, continuait à reconnaître la part essentielle de la pédagogie y compris quand elle évoquait, au-delà de l’évaluation, les perspectives d’un pilotage. N’y aurait-il pas quelque paradoxe à simultanément louer les vertus des résultats finlandais dont on sait qu’ils s’appuient sur une conception fondamentalement pédagogique de l’enseignement [3] et à définir une stratégie de pilotage qui préfère la comparaison des résultats plutôt que la recherche de l’adéquation des moyens aux buts ?

L’évaluation pédagogique comme fondement de l’école républicaine

Jean Ferrier [4] a bien montré comment la Troisième République avait transformé les missions de l’inspecteur en les centrant sur la pédagogie, là où la fonction des inspecteurs de la monarchie de Juillet et du Second Empire se limitait au contrôle administratif. La Troisième République, consciente des résistances que le pouvoir local et religieux lui opposerait, aurait pu concevoir un corps d’inspection fondé sur l’autorité administrative. Elle voulut au contraire que la pédagogie ait une place centrale dans la mise en œuvre de l’école obligatoire. Au-delà de la définition des programmes, elle fit de l’inspection et des conférences pédagogiques les vecteurs d’une transformation des pratiques professionnelles nécessaire à la généralisation de l’enseignement. Sur un sujet aussi politique que l’éducation morale, où les tentations d’injonction autoritaire étaient grandes, elle visa avant tout l’efficacité de l’enseignement par les conseils donnés à des instituteurs qui auraient pu être tentés par les simplifications abusives et le dogmatisme sentencieux [5]. Dès son origine, l’institution associa les enjeux de promotion sociale et d’éducation qu’elle donnait à l’école à la désignation de la pédagogie comme le vecteur principal de leur construction. Jean Ferrier voyait déjà dans les glissements engagés à la fin du XXe siècle, qui transformaient l’inspecteur du premier degré en administrateur de circonscription, le signe d’une perte des valeurs républicaines de l’école. Les volontés de réforme actuelles contribueront à leur destruction. La stratégie est progressive mais claire. Il suffit d’en lire les perspectives dans les travaux des think tanks libéraux [6].

Un détail ou la pièce d’un puzzle ?

La réforme de l’évaluation des enseignants peut passer pour un détail d’évolution. Dans le contexte économique et social d’aujourd’hui, on pourrait penser que faire grève à ce sujet révèle les préoccupations égocentriques des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Ne nous méprenons pas, il ne s’agit que d’une des pièces d’un puzzle patiemment constitué. Le dernier élément stratégique viendra plus tard : donner aux écoles un statut d’établissement autonome. Mais d’autres ont déjà été posés.

Le pilotage par les résultats

Le premier consiste à transformer, dans la culture professionnelle, les places respectives des moyens et des objectifs. Jusqu’à une période récente, il était évident que la compétence professionnelle des inspecteurs visait l’ajustement des moyens aux objectifs poursuivis. Lorsqu’il théorisait la décision publique, Jean Mercier [7] distinguait la « rationalité de substance » qui porte sur les objectifs et qui détermine toute décision et tout modèle, de la « rationalité fonctionnelle » qui doit rester dans la dépendance de la première. Ces principes sages ne peuvent résister à une politique strictement gestionnaire. La décision s’inscrit désormais dans la seule perspective de la gestion des moyens, et ce indépendamment d’une réelle recherche d’adéquation aux objectifs. La question des Rased en offre l’exemple le plus flagrant. Une recherche d’un meilleur ajustement entre les moyens de l’aide spécialisée et les objectifs poursuivis aurait pu légitimement justifier une réforme de leur fonctionnement. Un discours critique se serait alors justifié par une détermination à faire progresser positivement le système. Tout autre fut la stratégie : la découverte d’un « gisement d’efficience », c’est-à-dire de postes supprimables avec moins de risques que ceux qui entraînent la fermeture de classes, a précédé un discours critique construit a posteriori pour justifier une volonté budgétaire. Il en sera de même avec les postes supplémentaires de ZEP comme avec ceux des enseignants dont les fonctions ne consistent pas à faire directement la classe dont on cherchera à prouver, une fois décidée leur suppression pour des raisons budgétaires, qu’ils ne servaient à rien. Désormais le pilotage sera déterminé par les résultats et non par les finalités. Une vision simpliste peut imaginer qu’il y a là une étape décisive vers une gestion plus pragmatique et donc vers une meilleure réussite des élèves. C’est une illusion : en matière d’éducation, il n’y a pas une évidence de résultats telle qu’elle puisse être suffisante à déterminer l’action. Que l’évaluation des résultats soit un indicateur nécessaire ne suffit pas à légitimer un pilotage par les résultats. Les moyens doivent s’ajuster aux finalités de l’éducation et non les déterminer. Pourtant nous constatons que désormais, ce sont les impératifs budgétaires qui déterminent des décisions. (…)

- lire la suite de l’article en pdf joint

 

54 visiteurs en ce moment

*Top


- SNUipp 65 BP 841 65008 Tarbes cedex

- tel 05 62 34 90 54

- fax 05 62 34 91 06

-  email : snu65@snuipp.fr

n’hésitez pas à nous envoyer vos questions par écrit, vous garderez ainsi une trace des réponses que nous vous aurons adressées.


©Copyright 2006 - SNUipp-FSU 65, tous droits réservés.